Animal Nation*

Le projet d'exposition Animal Nation de Sylvie Plante est une "voyagerie" au cœur même du thème le plus cher à l'artiste: les animaux. C'est pourquoi elle a décidé de nous convier à une rencontre visuelle dont l'esthétique se nourrit à la source même d'un langage poétique qui vise à transcender l'une des plus grandes dichotomies: l'Un et le Multiple.

Si le nouveau projet de Sylvie Plante nous interpelle, c'est bien par sa mise en abîme du pluriel et du singulier et vice versa. Derrière ce qui ne pourrait être que pur jeu de formes et de figures, un propos philosophique s'en dégage clairement: comment atteindre et maintenir UNE unité dans la perspective inévitable de la confrontation avec la multitude?

C'est pourquoi chacune des œuvres est un vortex en spirale dont la dynamique lie tous les éléments de la composition. Ces œuvres peuvent être perçues comme autant de grandes bêtes singulières et désarticulées lorsqu'elles sont regardées dans leur globalité. Chacune recèle son lot de territoires: chemins, sentiers, champs sinueux, boisés, forêts, terres labourées et autres représentations topographiques que nous procure un regard aérien.

Par-delà l'allure de l'amalgame babélien de la construction mettant en jeu les forces antinomiques du cosmos et de la communauté, l'artiste propose une architecture organique où les fragments de silhouettes animalières, les traits faciaux sont autant d'ingrédients constitutifs de l'ossature de cette imagerie qui révèle simultanément l'unité d'une bête protéiforme et la multiplicité des entités diverses qui arrivent à constituer un Tout.

La présentation de toutes ces grandes bêtes singulières confronte l'observateur en lui soumettant une interrogation qui l'amène, minimalement, à regarder les œuvres de deux façons: intrinsèquement et extrinsèquement. Le regard intrinsèque questionne en disant: comment un sujet participant à une 'communauté' peut-il contacter et conserver son essence personnelle et sa singularité au sein d'une Multitude ? Et le regard extrinsèque réplique par une autre question: comment la captation par les multiples observateurs assure-t-elle l'unicité de la perception, en résonnance ou en dissonance avec celle de l'artiste, sachant que chacun des observateurs est un singulier, à la fois unique et différent? Bref, où se situe donc la zone de confort entre ce qui nous est proposé par l'artiste et ce qui est perçu par les observateurs ? Résoudre l'énigme de l'Un et du Multiple c'est y répondre.


* Le titre du projet est emprunté au titre d'une chanson de Peter Gabriel, apparaissant sur l'album Growing up live (2003).


Photo prise lors de l'exposition solo Animal Nation à la Galerie Renée-Blain de Brossard.

Pour des photos supplémentaires, consultez http://sylvie-plante.blogspot.ca/